L'éveil de l'artiste : Identifier une porcelaine de la République (1912-1949)
En 1911, la dynastie Qing tombe. Conséquence directe pour la céramique : les célèbres fours impériaux de Jingdezhen ferment leurs portes. Les artisans d'élite, autrefois contraints de reproduire des motifs stricts pour l'Empereur, se retrouvent au chômage... et libres !
Ils fondent des ateliers privés et commencent à signer leurs œuvres. La porcelaine n'est plus un objet de manufacture, elle devient une véritable toile de maître. Voici les 4 clés pour identifier ces chefs-d'œuvre modernes.
1. Le style "Peinture de lettré" (Qianjian)
C'est la grande révolution visuelle de l'époque République.
- Le décor du vase est pensé comme une peinture sur rouleau traditionnel. L'artiste utilise la porcelaine blanche comme une feuille de papier ou de soie.
- On y trouve la combinaison sacrée des lettrés chinois : la peinture, la poésie et la calligraphie. Le décor est très souvent accompagné d'un long poème calligraphié à l'encre noire, racontant une histoire ou décrivant un paysage.
2. L'apparition de l'artiste individuel (Les Huit Amis de Zhushan)
Fini les marques de règne impériales anonymes, place à l'ego de l'artiste !
- Les peintres sur porcelaine deviennent des stars. Le groupe le plus célèbre est celui des "Huit Amis de Zhushan" (Zhushan Baoyou), des maîtres dont les œuvres valent aujourd'hui des fortunes.
- Les pièces ne sont plus simplement "marquées" en dessous, elles sont signées et datées dans le décor lui-même, souvent accompagnées d'un ou plusieurs petits cachets peints en rouge imitant les sceaux traditionnels.
3. Une Famille Rose pastel d'une finesse inouïe
Les artisans de la République ont récupéré les secrets techniques de la fin des Qing et les ont poussés à leur paroxysme.
- Ils utilisent des émaux de la Famille Rose (Fencai), souvent appliqués en lavis très légers pour créer des dégradés subtils, du volume et de la perspective (une légère influence occidentale s'y fait parfois sentir).
- La pâte de la porcelaine est généralement très fine, d'un blanc pur et presque poudreux, sans l'effet "peau d'orange" que l'on trouvait souvent sous Guangxu.
4. Le mystère des marques de Yuan Shikai (Hongxian / Jurentang)
Si l'Empire n'est plus, un homme a brièvement tenté de le restaurer en 1915 : le président Yuan Shikai.
- Il s'est proclamé Empereur sous le nom de règne de Hongxian. Il a commandé des porcelaines d'une qualité exceptionnelle (souvent comparée à celle de l'époque Yongzheng) pour célébrer son sacre.
- Ces pièces rares portent la marque rouge Hongxian Nian Zhi ou la marque de son palais, Jurentang Zhi. Ces marques, synonymes de perfection technique, ont été (et sont encore) massivement copiées.
Le verdict du chineur
Un vase à la blancheur parfaite, orné d'un paysage de montagnes brumeuses ou de personnages délicats, accompagné d'un poème calligraphié et de cachets rouges ? Vous tenez là une pièce typique de la période de la République. Attention, la cote vertigineuse des maîtres de cette époque (notamment Wang Qi ou Wang Bu) a engendré un nombre astronomique de faux depuis les années 1990.
L'expertise de la calligraphie et du coup de pinceau est indispensable. Envoyez-nous des photos macro du poème, des cachets rouges et de la base sur estimationbrocante@gmail.com.
Développez votre œil de lynx sur le marché de l'art asiatique avec www.reussirdanslabrocante.fr !
Ajouter un commentaire
Commentaires