Couleurs contrastées : Le secret de la porcelaine chinoise "Doucai"
Si les formes (Meiping, Tianqiuping) définissent la silhouette d'un vase, les techniques d'émaillage en révèlent l'âme. Parmi les décors les plus sophistiqués, les plus rares et les plus copiés de l'histoire de la céramique chinoise, la technique Doucai (斗彩) occupe une place de choix.
Traduit par "couleurs contrastées" ou "couleurs liées", le Doucai est un véritable pont temporel entre la dynastie Ming et la dynastie Qing. Voici comment le reconnaître.
1. La technique : Un double passage au four
Le Doucai n'est pas qu'un style, c'est une prouesse technique qui combine deux méthodes :
- L'étape du bleu sous couverte : L'artisan dessine d'abord les contours de son motif avec du bleu de cobalt directement sur la pâte crue. L'objet est recouvert d'une glaçure transparente, puis cuit une première fois à très haute température (environ 1300°C).
- L'étape des émaux sur couverte : Une fois le vase refroidi, le peintre vient "remplir" les contours bleus avec des émaux colorés (vert, rouge, jaune, aubergine). L'objet repasse alors au four à une température plus basse (700-800°C) pour fixer ces couleurs.
- Le résultat visuel : Un décor où de fins traits bleus délimitent de magnifiques aplats de couleurs translucides.
2. La naissance du mythe : L'époque Chenghua (Ming)
La technique Doucai a été perfectionnée et a atteint son premier âge d'or sous la dynastie Ming, durant le règne de l'empereur Chenghua (1465-1487).
- Les pièces de cette époque sont petites, délicates, avec des couleurs douces et un bleu de cobalt très pâle.
- C'est à cette époque qu'ont été créées les célébrissimes "Coupes à poulets" (Chicken cups) en Doucai, représentant des coqs, poules et poussins. Ces petites tasses sont aujourd'hui parmi les antiquités les plus chères au monde !
3. La résurrection : Le perfectionnisme de l'époque Yongzheng
Après avoir été un peu délaissé, le Doucai connaît un regain d'intérêt spectaculaire sous la dynastie Qing, particulièrement sous l'empereur Yongzheng (1723-1735).
- Fasciné par les antiquités de l'époque Chenghua, Yongzheng demande à ses potiers de Jingdezhen de recréer le style Doucai.
- La technique gagne en précision. Le bleu est plus net, les émaux sont d'une pureté absolue, et les compositions (souvent florales, rinceaux de lotus ou médaillons) atteignent un niveau d'élégance inégalé.
Le verdict du chineur
Trouver du vrai Doucai d'époque Chenghua ou Yongzheng en vide-grenier n'arrivera (presque) jamais. En revanche, le 19ème siècle (dynastie Qing tardive) et le 20ème siècle ont massivement reproduit ce style. Pour évaluer la qualité d'une pièce chinée, regardez attentivement le trait bleu de contour. Sur les pièces de qualité ou anciennes, l'émail coloré reste parfaitement à l'intérieur du trait bleu. Sur les productions de masse récentes, les couleurs "débordent" grossièrement des lignes de cobalt.
Vous avez chiné une pièce avec des contours bleus remplis de couleurs ? Prenez les détails en photo et partagez-les sur estimationbrocante@gmail.com !
Formez votre œil sur www.reussirdanslabrocante.fr !
Ajouter un commentaire
Commentaires