Art asiatique en brocante : comment identifier et estimer une œuvre de Cheng Shifa ?
S'il y a bien un domaine où les brocanteurs peuvent réaliser des plus-values spectaculaires (parfois de plusieurs milliers d'euros), c'est l'art asiatique. Lors des successions, des vides-maisons ou dans les cartons de vieux collectionneurs, il n'est pas rare de tomber sur des rouleaux de soie ou des peintures à l'encre de Chine rapportés d'Asie au cours du XXe siècle.
Parmi les signatures de cette époque les plus convoitées par les acheteurs internationaux figure celle de Cheng Shifa (1921-2007). Ce maître de l'école de Shanghai a révolutionné l'art pictural chinois.
Aujourd'hui, ses œuvres originales s'arrachent à prix d'or. Mais comment faire la différence entre une simple impression décorative et un chef-d'œuvre authentique de Cheng Shifa ? Suivez notre guide pour ne plus passer à côté d'un trésor !
Qui est Cheng Shifa et pourquoi affole-t-il les enchères ?
Né près de Shanghai, Cheng Shifa commence par étudier la médecine avant de se tourner définitivement vers les beaux-arts. Il se fait d'abord connaître comme un brillant illustrateur de livres pour enfants et de romans classiques (ce qui lui vaut une médaille d'argent à la Foire du livre de Leipzig en 1959).
Il devient ensuite célèbre pour ses peintures à l'encre représentant les minorités ethniques de la province du Yunnan. Son génie réside dans sa capacité à fusionner la calligraphie et le lavis traditionnels chinois avec des techniques de dessin occidentales, notamment au niveau de l'expressivité des visages.
Ses œuvres originales sont aujourd’hui conservées dans de prestigieux musées (comme le Metropolitan Museum of Art de New York) et font régulièrement s’envoler les prix en salle des ventes.
Comment reconnaître le style de Cheng Shifa en un coup d'œil ?
Pour dénicher ses œuvres sur le terrain, vous devez vous familiariser avec ses sujets de prédilection et sa technique :
- Ses sujets phares : Des jeunes filles issues des minorités du Yunnan en tenues traditionnelles colorées, souvent accompagnées d'animaux (moutons, biches, vaches, chameaux). Il a également peint de superbes paysages, des fleurs, des oiseaux et des figures historiques ou mythologiques (comme le célèbre Roi Singe).
- Le contraste des traits : Les personnages de Cheng Shifa possèdent des lignes de contour très fines, presque géométriques (héritées de son travail d'illustration), tandis que les vêtements ou les animaux sont peints avec de larges touches de lavis d'encre très fluides et spontanées.
- Les couleurs : Contrairement à la peinture chinoise classique très monochrome, Cheng Shifa utilise des touches de couleurs vives (bleu azur, rouge vif, vert émeraude, jaune safran) qui donnent une immense gaieté à ses compositions.
Les 3 étapes clés pour authentifier une œuvre de Cheng Shifa
La contrefaçon est le fléau de l'art chinois. Face à un rouleau ou un dessin encadré, appliquez cette méthode d'investigation rigoureuse :
1. Inspecter la signature et les sceaux (Seals)
Toute œuvre de Cheng Shifa comporte sa signature calligraphiée en idéogrammes chinois : 程十发 (Cheng Shifa). À côté de cette signature, vous devez trouver un ou plusieurs sceaux rouges imprimés à la cire (souvent de forme carrée). Le sceau le plus courant de l'artiste indique simplement son prénom "Shifa" (十发) ou fait référence à son studio d'artiste, le "San Hu Tang" (三釜书屋 - la bibliothèque aux trois chaudrons).
2. Différencier l'original de la reproduction
Beaucoup de brocanteurs débutants se font piéger par des reproductions imprimées sur du papier de riz.
- Le test de la loupe : Regardez de très près les zones de couleur et d'encre noire. Si vous apercevez une multitude de petits points réguliers (trames d'impression), il s'agit d'une reproduction sans valeur commerciale.
- L'épaisseur de l'encre : Sur une véritable peinture, l'encre de Chine et les pigments minéraux créent de légers reliefs et des variations d'épaisseur visibles à la lumière rasante. L'encre traverse également le papier pour être visible au dos du support (ce qui n'est pas le cas d'une impression).
3. Analyser le papier ou la soie
Cheng Shifa peignait principalement sur du papier absorbant traditionnel (papier Xuan) ou sur de la soie. Ces supports vieillissent d'une manière bien spécifique : ils jaunissent naturellement, développent parfois de petites taches de rousseur (rouille du papier) et présentent des fibres irrégulières sous la lumière. Si le papier vous semble trop blanc, trop lisse ou trop rigide, méfiance.
Quelle est la valeur d'une œuvre de Cheng Shifa sur le marché ?
La cote de Cheng Shifa est particulièrement solide, portée par les acheteurs et collectionneurs de Chine continentale qui cherchent à rapatrier leur patrimoine national.
- Les reproductions imprimées : Moins de 20 €. Elles n'ont qu'une valeur purement décorative.
- Les dessins originaux de format modeste (croquis rapides, calligraphies simples) : Ils se négocient généralement entre 1 500 € et 4 000 € en maison de ventes.
- Les rouleaux peints à l'encre et couleurs (sujets de jeunes filles et d'animaux) : C'est la catégorie reine. Une œuvre authentique et bien conservée de taille moyenne oscille facilement entre 8 000 € et 25 000 €. Les pièces majeures et historiques peuvent quant à elles largement dépasser les 100 000 € sous le marteau des commissaires-priseurs.
Le conseil en plus : ne touchez jamais à l'état d'un rouleau chinois !
Si vous avez la chance de dénicher un rouleau peint de Cheng Shifa en mauvais état (poussiéreux, légèrement déchiré, piqué par l'humidité), ne tentez surtout pas de le nettoyer ou de le recoller vous-même !
La restauration de la peinture chinoise est une science millénaire extrêmement délicate qui utilise des colles d'amidon spécifiques et des techniques de doublage complexes. Une mauvaise manipulation avec une colle moderne ou un produit nettoyant ruinerait instantanément la valeur de l'œuvre. Présentez-la telle quelle à un expert ou à un cabinet spécialisé en art asiatique pour obtenir une estimation certifiée.
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