Retour à l'Âge d'or : Identifier une céramique ou une terre cuite de l'époque Tang (618-907)
Oubliez la délicatesse translucide du "Bleu et Blanc" des Ming ou de la coquille d'œuf des Qing. L'art de la dynastie Tang est un art archéologique, puissant, cosmopolite et souvent lié aux rites funéraires. Sous les Tang, la Chine est ouverte sur le monde grâce à la Route de la Soie, et cela se ressent profondément dans son art.
Si vous tombez sur une pièce présumée de cette époque, voici les 4 éléments fondamentaux à analyser.
1. La célèbre glaçure "Sancai" (Trois couleurs)
C'est la signature visuelle absolue de la céramique Tang. Le Sancai est une glaçure au plomb (fondant très facilement à la cuisson) qui utilise principalement trois teintes :
- Le vert (obtenu avec de l'oxyde de cuivre).
- Le jaune/ambre/brun (obtenu avec de l'oxyde de fer).
- Le crème ou blanc (la couleur naturelle de l'argile engobée ou un émail transparent). Cette glaçure a la particularité de couler et de se mélanger de manière très fluide pendant la cuisson, créant de magnifiques coulures incontrôlées, presque abstraites, sur les vases et les statuettes.
2. Les "Mingqi" : Le peuple des tombes
La majorité des objets Tang que l'on retrouve aujourd'hui sont des Mingqi (objets d'accompagnement funéraire). Ce ne sont pas des vases d'apparat, mais des statues en terre cuite destinées à accompagner les défunts :
- Les chevaux de Ferghana : Majestueux, nerveux, avec des encolures puissantes.
- Les chameaux de Bactriane : Souvent chargés de marchandises, symbolisant le commerce sur la Route de la Soie.
- Les personnages : Des joueurs de polo, des musiciens étrangers (témoignant du brassage culturel), de redoutables gardiens de tombes (Lokapalas), ou encore les fameuses "Fat Ladies" (dames de cour aux formes généreuses, reflet du canon de beauté de l'époque).
3. L'altération archéologique (L'irisation)
Puisque ces pièces ont passé plus de mille ans sous terre, la glaçure Sancai au plomb s'est souvent dégradée.
- Au contact de l'humidité et des éléments chimiques du sol, l'émail développe parfois une irisation argentée, un reflet métallique nacré à la surface.
- Cette "maladie" de l'émail est un excellent indicateur d'ancienneté, très difficile (bien que pas impossible) à reproduire artificiellement par les faussaires.
4. Une terre cuite (et non de la porcelaine)
La véritable porcelaine cuite à très haute température n'en est qu'à ses balbutiements (avec notamment les fours de Xing pour le blanc).
- La grande majorité des pièces Tang sont en terre cuite ou en grès tendre, généralement de couleur chamois, rosée ou blanchâtre.
- La base des objets et des statuettes est toujours non émaillée, plate, montrant la terre nue. Sur les statues, les visages sont souvent laissés sans glaçure, simplement peints avec des pigments à froid (qui ont souvent disparu avec le temps, laissant la terre à vif).
Le verdict du chineur
Un cheval fougueux en terre cuite ou un vase pansu recouvert de spectaculaires coulures vertes et ambrées ? Vous êtes face au génie de l'époque Tang. Attention cependant : en raison des prix records atteints par les chevaux Tang dans les années 80-90, les faussaires chinois ont inondé le marché de copies spectaculaires. Seul un test de thermoluminescence (TL) permet de prouver scientifiquement et de manière irréfutable l'âge de la terre cuite.
Vous pensez avoir déniché une relique de la Route de la Soie ? Avant toute chose, envoyez-nous des photos détaillées (notamment de la terre sous la base et des éventuelles irisations) sur estimationbrocante@gmail.com.
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