Le joyau de la dynastie Ming : Identifier une porcelaine de l'époque Chenghua (1465-1487)
Dans le monde des enchères asiatiques, le nom de "Chenghua" fait trembler les commissaires-priseurs. Sous le règne de cet empereur, les fours impériaux de Jingdezhen ont atteint un niveau de perfectionnement technique et esthétique inégalé. Les pièces de cette époque (comme le mythique "Bol aux poulets") s'arrachent à des dizaines de millions d'euros.
Trouver un vase Chenghua authentique en brocante relève de la loterie, d'autant que la marque de cet empereur a été copiée sans relâche pendant des siècles. Voici comment les experts font la différence.
1. La naissance du "Doucai" (Couleurs contrastées)
C'est sous Chenghua que la célèbre technique du Doucai a été perfectionnée.
- Le décorateur trace d'abord les contours des motifs avec un bleu de cobalt très fin sous couverte.
- Après une première cuisson à haute température, les espaces vides à l'intérieur de ces contours bleus sont remplis avec des émaux polychromes (rouge de fer, vert, jaune) appliqués sur l'émail.
- La pièce est ensuite recuite à plus basse température. Sur un vrai vase Chenghua, ces émaux sont purs, lumineux, et le rouge de fer est d'une profondeur caractéristique.
2. L'abandon du "Heaping and Piling"
Contrairement aux époques Ming précédentes (Xuande, Yongle) que nous avons déjà étudiées, le bleu et blanc de Chenghua est très différent :
- Le cobalt utilisé n'est plus importé de Perse, mais provient de sources locales en Chine.
- Résultat : le bleu sous couverte perd ses fameuses taches sombres (le heaping and piling). Il devient beaucoup plus doux, subtil, d'un ton gris-bleu très homogène et délicat.
3. La texture "Graisse de mouton"
Le toucher d'une pièce Chenghua est unique dans l'histoire de la céramique.
- La porcelaine elle-même est d'une finesse incroyable, presque translucide.
- L'émail est très épais, onctueux et lisse. Les experts chinois le comparent souvent à de la "graisse de mouton" ou à un jade très pur. Il n'est pas brillant et vitreux comme sous les Qing, mais possède un éclat doux et feutré.
4. Attention au format et à la marque !
Méfiez-vous des immenses vases !
- La taille : L'empereur Chenghua privilégiait les petits objets délicats (bols, coupes, petites jarres). Un grand vase portant une marque Chenghua est presque à 100% une copie postérieure (souvent d'époque Kangxi ou du 19e siècle).
- La marque (Nianhao) : La marque à six caractères Da Ming Chenghua Nian Zhi ("Fait sous le grand règne de Chenghua des Ming") est généralement inscrite à l'intérieur d'un double cercle ou d'un double carré bleu. C'est la marque la plus falsifiée au monde. La calligraphie d'origine est assez naïve, robuste et épaisse, car on raconte qu'elle aurait été écrite par l'empereur lui-même lorsqu'il était jeune.
Le verdict du chineur
Un petit vase ou une jarre à la translucidité parfaite, un bleu grisé délicat rehaussé d'émaux aux couleurs pures, et un émail au toucher de jade ? Si ces critères sont réunis, vous avez peut-être devant vous une relique impériale inestimable.
Parce que la marque Chenghua a été copiée des millions de fois, ne tirez pas de conclusions hâtives à la simple vue de la signature. Envoyez-nous des photos macro du décor, de la marque et du cul de votre pièce sur estimationbrocante@gmail.com.
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