L'art de la liberté : Reconnaître un vase de l'Époque de Transition (1620-1683)

Publié le 19 mai 2026 à 18:36

L'art de la liberté : Reconnaître un vase de l'Époque de Transition (1620-1683)

Entre la fin de la dynastie Ming et l'aube de la dynastie Qing, la Chine traverse plus d'un demi-siècle de chaos politique et de guerre civile. Les fours impériaux de Jingdezhen sont détruits ou laissés à l'abandon. Sans le carcan des commandes de l'empereur, les maîtres potiers sont soudainement libres de créer ce qu'ils veulent pour séduire de nouveaux acheteurs : la bourgeoisie chinoise, les lettrés et les marchands européens de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC).

Cette liberté soudaine donne naissance à des vases d'une créativité exceptionnelle. Voici 4 clés pour reconnaître un vase de cette fabuleuse "Époque de Transition".

1. Le triomphe du Bleu et Blanc et du "Wucai"

L'époque de Transition est célèbre pour ses porcelaines "bleu et blanc".

  • Le bleu de cobalt utilisé à cette période est d'une qualité remarquable. Il est souvent très lumineux, parfois avec des nuances tirant légèrement sur le violet.
  • L'émail (la couverte) est épais, onctueux et brillant.
  • On trouve également des vases polychromes utilisant la palette Wucai (cinq couleurs), avec des rouges de fer et des verts vibrants appliqués avec beaucoup de liberté, loin de la rigidité des siècles suivants.

2. Des décors narratifs et continus

C'est la grande révolution de cette époque : les vases racontent des histoires !

  • Fini les dragons impériaux répétitifs. Les potiers s'inspirent des illustrations de romans populaires, de pièces de théâtre ou de légendes taoïstes (comme Le Roman des Trois Royaumes ou Au Bord de l'Eau).
  • Le décor se déploie souvent en continu tout autour du vase, comme sur un rouleau de peinture que l'on déroulerait.
  • L'astuce de l'expert : Les paysages comportent très souvent des représentations de nuages stylisés qui séparent les scènes, et une herbe peinte sous forme de petits "V" (souvent appelés "tiques" par les experts).

3. La forme star : Le vase "Rolwagen"

S'adaptant aux goûts des marchands, notamment hollandais, de nouvelles formes apparaissent.

  • La forme la plus emblématique est le Rolwagen (vase rouleau) : un vase cylindrique, droit, souvent surmonté d'un petit col resserré, parfait pour déployer les grandes scènes narratives continues dont nous venons de parler.
  • On trouve aussi des vases à "bouche d'ail" ou des vases balustres robustes, pensés pour résister aux longs voyages en bateau vers l'Europe.

4. La base : brute et sans marque

Puisqu'il n'y a plus d'empereur (ou que la situation est trop instable), on ne signe plus les pièces !

  • Les véritables pièces de la période de Transition ne portent presque jamais de marque de règne.
  • Le dessous (la base) est généralement non émaillé, laissant apparaître le biscuit brut.
  • Sur ce biscuit, on peut souvent observer de légères stries concentriques laissées par l'outil du tourneur, appelées "marques de broutage" ou chatter marks en anglais. La pâte peut présenter des petites brûlures oxydées (couleur rouille).

Le verdict du chineur

Un vase de forme rouleau, un bleu éclatant aux reflets violacés, un décor racontant une scène de guerriers ou de lettrés, et une base brute sans émail ni marque ? Vous avez mis la main sur une relique de la tumultueuse Époque de Transition ! Ces pièces sont particulièrement recherchées par les puristes qui apprécient leur spontanéité et leur vigueur.

Un doute sur l'âge de votre vase narratif bleu et blanc ? Une expertise s'impose. Envoyez une photo globale de la scène et un gros plan du dessous de la pièce à estimationbrocante@gmail.com.

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