Le piège des brocantes : Savoir expertiser un véritable émail cloisonné chinois
Si vous aimez fouiner le dimanche, vous en avez forcément déjà eu un entre les mains. Un petit vase coloré, souvent à dominante bleue, rouge ou turquoise, orné de fleurs de lotus ou de dragons, dont les couleurs sont séparées par de fins fils dorés. C'est ce qu'on appelle un émail cloisonné.
Inventée au Proche-Orient mais sublimée par la Chine (notamment sous les dynasties Ming et Qing), cette technique est d'une complexité folle. L'artisan prend une base en bronze ou en cuivre, y soude de minuscules fils métalliques pour créer des "cloisons" (les motifs), remplit ces cases de pâte d'émail colorée, puis cuit et polit le tout de nombreuses fois.
Le problème ? Dans les années 1970 et 1980, la Chine a produit des millions de copies industrielles pour le marché occidental de la décoration. Alors, comment savoir si vous tenez une antiquité du 19e siècle valant plusieurs centaines d'euros, ou un bibelot "vintage" à 10 euros ?
L'œil de l'expert : 4 indices pour dater un émail cloisonné
Laissez la loupe de côté pour un instant, l'expertise d'un cloisonné fait appel à tous vos sens !
1. Le test du poids (L'indice qui ne trompe pas) C'est la première chose à faire. Prenez le vase en main. S'il vous semble étonnamment lourd pour sa taille, c'est très bon signe ! Les cloisonnés anciens (18e et 19e siècles) étaient réalisés sur une base en bronze massif, épaisse et robuste. Les productions modernes de la fin du 20e siècle sont faites sur des feuilles de cuivre très fines, et sont donc particulièrement légères.
2. Le secret des petites "bulles" (Les fameuses piqûres) Penchez-vous sur l'émail (la partie colorée) et mettez-le à la lumière. Sur les pièces anciennes, la cuisson au four à bois laissait de minuscules bulles d'air éclater à la surface. Vous verrez donc de toutes petites porosités, comme des têtes d'épingles, dans la couleur. À l'inverse, l'émail moderne industriel est parfaitement lisse, brillant et sans aucun défaut, presque comme du plastique.
3. La finesse des fils (Les cloisons) Observez les petits fils métalliques dorés qui séparent les couleurs. Sur une antiquité, ces fils ont été courbés et posés à la main, un par un. Le dessin est parfois un peu irrégulier mais d'une grande poésie. Sur les copies modernes, les fils sont posés à la machine, les courbes sont rigides, standardisées, sans âme. De plus, sur les pièces anciennes, la dorure de ces fils a souvent disparu avec le temps, laissant apparaître le cuivre ou le bronze oxydé.
4. Regardez à l'intérieur ! Le dessous et l'intérieur du vase ont beaucoup à vous dire. Les pièces anciennes de belle qualité ont souvent un intérieur recouvert d'un émail bleu turquoise uni (le "contre-émail") pour protéger le métal. Parfois, la base et le col sont lourdement dorés au mercure (une dorure épaisse et mate, impossible à reproduire aujourd'hui pour des raisons de toxicité).
Le verdict du chineur
La prochaine fois que vous croiserez un petit vase aux motifs floraux entourés de laiton, prenez-le en main ! S'il est lourd, que les couleurs sont profondes (le fameux "rouge sang de bœuf" ou le "bleu lapis") et que la surface présente ces petites irrégularités de cuisson typiques de l'artisanat ancien, n'hésitez pas à marchander.
Attention toutefois, il existe aussi des émaux cloisonnés japonais (la technique Shippo), très réputés, qui se distinguent par des fils presque invisibles et des fonds très sombres. Mais ça, ce sera pour un prochain article !
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