Art asiatique : comment identifier et estimer une œuvre de Zhang Daqian en brocante ?
Dans le monde de l’art asiatique, un nom fait trembler les salles de ventes du monde entier : Zhang Daqian (1899-1983). Cet artiste prodigieux, reconnaissable à sa longue barbe de lettré traditionnel, est l'un des peintres les plus cotés de l'histoire, rivalisant régulièrement avec Picasso et Warhol au sommet des classements du marché de l'art mondial.
Parce qu'il a vécu et exposé en Europe pendant près d'une décennie dans les années 1950 et 1960, plusieurs de ses chefs-d'œuvre dorment encore, ignorés, dans des propriétés et des collections familiales en France ou en Belgique.
Découvrir un authentique Zhang Daqian est le rêve ultime de tout brocanteur. Voici les clés pour décrypter son style, déjouer les pièges et estimer la valeur de ses œuvres.
Qui est Zhang Daqian, le "Picasso de l'Est" ?
Né au Sichuan, Zhang Daqian est un personnage digne d'un roman. Artiste virtuose, il maîtrisait toutes les techniques de la peinture chinoise classique au point d'être capable de réaliser des faux parfaits de maîtres des dynasties Tang ou Song (qui ont trompé les plus grands musées du monde !).
Mais c’est son exil hors de Chine à partir de 1949 qui va le propulser au rang d'icône internationale. Voyageant en Inde, en Europe, au Brésil puis en Californie, il se lie d'amitié avec les plus grands artistes occidentaux, dont Pablo Picasso lors d'une rencontre historique sur la Côte d'Azur en 1956.
Atteint d'une maladie oculaire à la fin des années 1950, il adapte sa technique et invente le style Pocai (le lavis d'encre et de couleur jetées), une fusion spectaculaire entre la tradition chinoise et l'expressionnisme abstrait occidental.
Comment reconnaître le style de Zhang Daqian ?
Zhang Daqian a eu une production immense et variée, mais ses œuvres les plus recherchées se divisent en trois grandes catégories faciles à repérer :
1. Les lotus à l'encre et à la couleur
Le lotus était la fleur signature de l'artiste. Il disait d'ailleurs que peindre un lotus nécessitait la même maîtrise que la calligraphie. Ses fleurs de lotus se reconnaissent à de grandes feuilles peintes à coups de pinceaux larges et gorgés d'encre sombre (presque noire), contrastant avec des tiges fines et des pétales délicats, souvent rehaussés de rose, de blanc ou de pigments d'or.
2. Le style "Pocai" (encre et couleurs projetées)
C'est sa période la plus spectaculaire et la plus chère. Au lieu de tracer des lignes précises, l'artiste projetait de l'encre noire et des pigments minéraux liquides (souvent du bleu azurite et du vert malachite extrêmement vifs) directement sur le papier ou la soie. Il guidait ensuite les taches pour laisser apparaître, comme par magie, un paysage de montagnes brumeuses ou une cascade.
3. Les portraits de femmes élégantes (Meiren)
Inspiré par ses études des fresques bouddhistes des grottes de Dunhuang, il a peint de magnifiques portraits de femmes chinoises traditionnelles, caractérisés par des lignes d'une finesse extrême et des couleurs d'une grande richesse.
Le grand défi de l'authentification
Trouver un Zhang Daqian demande beaucoup de prudence, car l'artiste a été (et reste) l'un des plus copiés au monde.
- Le papier et les pigments : Zhang Daqian accordait une importance capitale à ses matériaux. Il utilisait des papiers anciens et des pigments minéraux naturels de très haute qualité qui conservent un éclat vibrant, presque brillant, même après plusieurs décennies. Si les couleurs d'un paysage bleu et vert semblent ternes, plates ou imprimées, il s'agit probablement d'une copie moderne.
- Les signatures et calligraphies : Il signait souvent 张大千 (Zhang Daqian) ou 爰 (Yuan, son prénom de lettré). Sa calligraphie est puissante, élancée, très rythmée. Ses sceaux (parfois plus d'une dizaine sur un même grand format) sont gravés avec une finesse absolue.
Quelle est la valeur d'une œuvre de Zhang Daqian ?
La cote de Zhang Daqian est astronomique. Même pour des œuvres mineures, les collectionneurs chinois et internationaux sont prêts à débourser des fortunes.
- Les lithographies signées et numérotées : Très rares, elles se négocient entre 1 500 € et 5 000 €.
- Les encres simples sur papier (petits formats, fleurs, oiseaux) : Les prix débutent généralement autour de 20 000 € à 50 000 €.
- Les grands rouleaux de paysages traditionnels ou de lotus : Ils s'arrachent très régulièrement en salle des ventes entre 150 000 € et 800 000 €.
- Les chefs-d'œuvre de la période "Pocai" (encre projetée) : Ces tableaux exceptionnels dépassent presque systématiquement le million d'euros. Son record historique culmine à plus de 47 millions de dollars pour son chef-d'œuvre "Landscape after Lu Jianzhi".
Le conseil du chineur pro
Si vous chinez un rouleau ou un tableau arborant un paysage abstrait bleu et vert intense avec une signature évoquant Zhang Daqian, cherchez d'urgence sa provenance. Un tableau acheté ou reçu en cadeau par un diplomate, un médecin ou un homme d'affaires ayant résidé en Suisse, en France ou au Brésil entre 1950 et 1970 est une piste en or massif.
Ne tentez aucune manipulation sur l'œuvre et contactez immédiatement un expert en art asiatique pour faire authentifier ce qui pourrait bien être le plus grand trésor de votre carrière de chercheur de perles !
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