Cheng Shifa (1921-2007) : Le peintre qui a modernisé l'âme de la Chine

Publié le 20 juin 2026 à 17:21

Cheng Shifa (1921-2007) : Le peintre qui a modernisé l'âme de la Chine

Si les noms de Zhang Daqian ou Qi Baishi résonnent souvent dans les salles de ventes occidentales, un autre géant de l'art chinois du XXe siècle mérite toute l'attention des chineurs et des collectionneurs d'art asiatique : Cheng Shifa (程十发).

Tour à tour illustrateur de génie, bédéiste et maître de la peinture traditionnelle à l'encre, Cheng Shifa a su imposer un style unique, capable de faire dialoguer l'Orient et l'Occident sur une même feuille de papier de riz. Décryptage d'un artiste incontournable.

De la médecine aux pinceaux : la naissance d'un maître

Né en 1921 à Songjiang (près de Shanghai) dans une famille de médecins traditionnels, Cheng Shifa semblait tout tracé pour suivre la voie médicale. Pourtant, la passion du pinceau est plus forte. En 1938, il entre à la prestigieuse École d'Art de Shanghai pour y étudier la peinture traditionnelle.

La guerre et les bouleversements politiques de l'époque auraient pu stopper net sa carrière. Mais Cheng Shifa s'adapte. Dans les années 1950, il entre aux Éditions de l'Art du Peuple à Shanghai. Il y gagne d'abord sa vie — et une immense notoriété — en tant qu'illustrateur de livres pour enfants et de bandes dessinées (les fameux lianhuanhua chinois). Son trait vif et expressif lui vaut même une médaille d'argent à la Foire internationale du livre de Leipzig en 1959 !

Le style Cheng Shifa : La magie des minorités du Yunnan

Mais c'est en revenant à la peinture pure que Cheng Shifa va marquer l'Histoire de l'art. Son grand coup de génie ? S'éloigner des paysages classiques de montagnes et de rivières pour s'intéresser à l'humain.

Il devient célèbre dans le monde entier pour ses représentations des minorités ethniques de la province du Yunnan (au sud-ouest de la Chine). Ses œuvres mettent en scène des jeunes filles en costumes traditionnels, des bergers, des animaux (comme des daims ou des oiseaux particulièrement vifs) et des fleurs.

Comment reconnaître son style ?

  • Le mariage des techniques : Cheng Shifa utilise le traditionnel pinceau chinois à l'encre (lavis), mais il y intègre des techniques de croquis et de perspective héritées de l'Occident.
  • L'énergie du trait : Son coup de pinceau est reconnaissable entre mille. Il alterne avec une maîtrise stupéfiante les traits très épais et sombres avec des lignes fines et délicates.
  • La couleur : Contrairement aux peintres traditionnels très austères, Cheng Shifa utilise des couleurs claires, douces et chaleureuses qui donnent vie et optimisme à ses personnages.

Une cote en pleine explosion sur le marché de l'art

Honoré du titre d'"Artiste du Peuple" par le Ministère de la Culture chinois pour sa contribution exceptionnelle, Cheng Shifa s'est éteint en 2007, à l'âge de 86 ans. Aujourd'hui, un immense musée porte son nom à Shanghai.

Et sur le marché de l'art ? Si ses petites illustrations se trouvent encore à des prix accessibles dans les ventes spécialisées, ses grandes peintures à l'encre et en couleurs atteignent aujourd'hui des sommets ! En 2016, l'une de ses œuvres majeures s'est même envolée aux enchères pour plus de 1,3 million de dollars.

Le conseil du chineur

Ouvrez l'œil dans les successions ou les ventes de livres anciens. Les carnets d'illustrations et les bandes dessinées édités à Shanghai dans les années 50/60 et signés Cheng Shifa circulent parfois en France. Si vous tombez sur une aquarelle originale représentant une jeune femme du Yunnan entourée d'animaux ou de végétation, signée d'une calligraphie vigoureuse, n'hésitez pas une seconde : faites-la expertiser !

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