Huang Zhou (1925-1997) : L'art du croquis à l'encre et le peintre du Xinjiang
Si vous vous intéressez à la peinture chinoise moderne et que vous avez déjà exploré l'univers de Cheng Shifa, un autre nom doit absolument figurer dans vos carnets de chineur : Huang Zhou (黄胄).
Considéré comme l'un des pionniers de la peinture chinoise contemporaine, il a su briser les codes académiques austères pour imposer un style d'une vitalité incroyable, basé sur l'observation de la vraie vie, le mouvement, et des sujets populaires. Décryptage d'un artiste dont les œuvres affolent le marché de l'art.
Un parcours hors du commun : de l'armée aux steppes du Xinjiang
De son vrai nom Liang Ganzhao, Huang Zhou naît en 1925 dans la province du Hebei. Contrairement à de nombreux maîtres issus de grandes écoles d'art, Huang Zhou est en grande partie autodidacte. Son école à lui, c'est le terrain.
Dans les années 1940, il s'engage dans l'armée. C'est en tant que correspondant artistique militaire qu'il est envoyé dans le nord-ouest de la Chine, notamment dans la région autonome du Xinjiang. Cette terre vaste, peuplée de minorités ethniques (comme les Ouïghours), de nomades, de musiciens et de troupeaux, sera la révélation de sa vie. Elle deviendra sa principale source d'inspiration.
Le style Huang Zhou : La révolution du croquis
Jusqu'alors, la peinture traditionnelle chinoise (le Guohua) valorisait la lenteur, la copie des maîtres anciens et la méditation. Huang Zhou, lui, amène l'urgence de l'Occident : le croquis sur le vif.
Il dessine de manière compulsive. Son style est une fusion inédite entre :
- La technique du croquis rapide occidental : Il utilise de multiples traits nerveux, superposés et fougueux pour capturer le mouvement.
- L'encre et le lavis traditionnels : Il applique de larges coups de pinceau chargés d'eau et d'encre pour donner du volume et de la matière.
Ses sujets de prédilection sont pleins de joie et de vie : des jeunes femmes ouïghoures dansant au rythme des tambourins, des bergers bravant la tempête, des scènes de récoltes...
L'homme qui valait des millions grâce... à des ânes !
Mais s'il y a un sujet indissociable de Huang Zhou, c'est bien l'âne. Oui, vous avez bien lu !
Durant ses séjours au Xinjiang, et plus tard lors des années difficiles de la Révolution Culturelle où il fut persécuté et contraint de travailler aux champs, il a passé un temps infini à observer et dessiner ces animaux de bât. Il a su capter leur obstination, leur tendresse et leur force avec une expressivité inégalée. En Chine, on dit souvent que si Qi Baishi est le maître des crevettes, Huang Zhou est le maître absolu des ânes.
Aujourd'hui, une belle peinture à l'encre de Huang Zhou représentant un troupeau d'ânes est un véritable Graal pour les collectionneurs. En 2013, l'une de ses œuvres magistrales, Joie dans la steppe, s'est vendue aux enchères à Pékin pour la somme vertigineuse de 21 millions de dollars (128 millions de yuans) !
Le conseil du chineur : ce qu'il faut chercher
Les œuvres originales de Huang Zhou sont rares et très copiées. Cependant, dans les années 70 et 80, de nombreuses éditions d'art, des albums de croquis (sketchbooks) et des estampes reproduisant ses œuvres ont été édités et ont voyagé jusqu'en Europe.
Ouvrez l'œil dans les cartons à dessins des vide-greniers :
- Si vous voyez un dessin à l'encre de Chine très nerveux, avec des traits de contour multiples (comme un brouillon génial).
- Si le sujet représente des ânes particulièrement expressifs, des chiens, ou des danseuses aux traits d'Asie centrale.
- Si le tout est accompagné d'une calligraphie fluide et de sceaux rouges à l'encre pâteuse.
Ne passez pas votre chemin ! Même un simple croquis authentique ou une belle édition ancienne de ses estampes peut avoir une excellente valeur sur le marché spécialisé.
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