Nguyen Gia Tri (1908-1993) : La laque vietnamienne sublimée par l'or et la lumière

Publié le 21 juin 2026 à 16:46

Nguyen Gia Tri (1908-1993) : La laque vietnamienne sublimée par l'or et la lumière

Après avoir admiré les délicates peintures sur soie de Mai Thu et les jardins colorés de Le Pho, il nous faut aborder un médium fascinant, complexe et typiquement asiatique : la laque (ou sơn mài).

Si l'École des Beaux-Arts de l'Indochine, fondée en 1925 à Hanoï par le Français Victor Tardieu, a formé d'immenses peintres, elle a aussi révolutionné l'art de la laque. L'artisan de cette révolution s'appelle Nguyen Gia Tri.

De l'artisanat traditionnel aux Beaux-Arts

Avant les années 1930, la laque au Vietnam était principalement utilisée à des fins décoratives ou religieuses (sur des plateaux, des boîtes, des statues de temples). Elle se limitait souvent à quelques couleurs : le noir, le rouge, et parfois un peu d'or.

Nguyen Gia Tri va bouleverser cette tradition. Il élève la laque au rang de "Beaux-Arts". Il multiplie les couches (parfois plus de trente !), intègre de nouvelles nuances (notamment des ocres et des bruns profonds), et utilise des incrustations précieuses comme la feuille d'or, la feuille d'argent, et surtout, la coquille d'œuf écrasée pour créer des blancs éclatants.

Ses œuvres, souvent composées de plusieurs panneaux (des paravents), mettent en scène des jeunes femmes élégantes en áo dài (la tunique traditionnelle) se promenant dans des jardins luxuriants, baignés d'une lumière dorée et mystérieuse.

Une cote vertigineuse, mais des œuvres très rares

Contrairement à ses amis partis en France, Nguyen Gia Tri est resté au Vietnam. Ses œuvres majeures sont d'ailleurs considérées comme des trésors nationaux par le gouvernement vietnamien et ne peuvent théoriquement plus quitter le pays.

Cependant, avant 1945, de nombreux colons, fonctionnaires ou militaires français ont acheté ses œuvres et les ont rapportées en métropole. Aujourd'hui, lorsqu'un véritable paravent de Nguyen Gia Tri refait surface dans une vente aux enchères parisienne, c'est l'émeute ! En 2026, un beau panneau de l'artiste se négocie facilement entre 300 000 et plus d'un million d'euros.

Le conseil du chineur : Apprenez à reconnaître la belle laque indochinoise

Les œuvres originales de Nguyen Gia Tri sont rarissimes, mais l'engouement qu'il a suscité a fait naître de nombreux ateliers de laque au Vietnam (notamment l'école de Thu Dau Mot). Des milliers de petits panneaux laqués ont été rapportés en France entre 1930 et 1950.

L'astuce de pro pour chiner la laque :

  • Fuyez le plastique : Touchez le panneau. La véritable laque est lourde (elle est sur une base de bois), froide au premier abord mais se réchauffe vite sous la main, et présente une profondeur incomparable.
  • Cherchez la coquille d'œuf : Regardez les parties blanches (les vêtements, les nuages, les animaux). Si vous distinguez un minuscule réseau de craquelures comme une mosaïque, c'est de la véritable coquille d'œuf de canard ou de poule incrustée, typique de la belle époque de l'Indochine !
  • La signature : Regardez toujours en bas dans les coins (souvent en rouge ou en or). Même si ce n'est pas Gia Tri, de nombreux autres laqueurs cotés (comme Pham Hau ou Nguyen Khang) sont extrêmement recherchés aujourd'hui.

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