Alix Aymé (1894-1989) : Une Parisienne au cœur de l'âge d'or indochinois
Jusqu'à présent, nous avons parlé des élèves brillants de la célèbre École des Beaux-Arts de l'Indochine (fondée à Hanoï en 1925). Mais qui se cachait derrière le pupitre ? Aux côtés du fondateur Victor Tardieu et de Joseph Inguimberty, une femme d'exception a joué un rôle majeur dans l'éveil de l'art moderne vietnamien : Alix Aymé.
Aujourd'hui, ses œuvres s'arrachent dans les salles des ventes et font le pont parfait entre l'élégance parisienne des années 30 et la poésie asiatique.
Un coup de foudre pour l'Asie
Née à Marseille, Alix Aymé (née Hava) a d'abord été l'élève du grand peintre symboliste Maurice Denis. Après un premier mariage qui la mène en Chine, puis un second avec le général Georges Aymé (commandant de l'armée française en Indochine), elle s'installe à Hanoï.
Fascinée par l'artisanat local, elle devient professeure à l'École des Beaux-Arts. Loin d'imposer uniquement les techniques occidentales, elle va se passionner pour une matière ancestrale : la laque. Elle travaillera d'ailleurs en étroite collaboration avec le maître absolu de la discipline, Nguyen Gia Tri, que nous avons évoqué dans notre précédent article.
La maîtresse de la laque et des scènes intimes
L'œuvre d'Alix Aymé est d'une immense délicatesse. Elle est l'une des rares artistes occidentales à avoir maîtrisé à la perfection les techniques asiatiques traditionnelles :
- La laque : Elle crée des panneaux somptueux, intégrant de la feuille d'or, d'argent et de la coquille d'œuf pour illustrer des paysages vietnamiens, des scènes de marché ou des enfants.
- La peinture sur soie : Elle réalise de merveilleux portraits de jeunes femmes ou d'enfants eurasiennes, avec un trait doux et une palette pastel qui rappelle son maître Maurice Denis.
Sa cote sur le marché de l'art a littéralement explosé ces dix dernières années. En 2026, ses belles peintures sur soie ou ses panneaux en laque se vendent régulièrement entre 20 000 et 80 000 euros, les pièces exceptionnelles dépassant allègrement la barre des 100 000 euros.
Le conseil du chineur : Cherchez les petits formats et les boîtes !
Alix Aymé était une travailleuse acharnée et une grande voyageuse (Vietnam, Cambodge, Laos, Chine). Elle a laissé derrière elle de très nombreuses esquisses, aquarelles et petits objets laqués qui ont souvent été rapportés en France par des familles d'expatriés.
L'astuce en vide-greniers et successions :
- Les objets du quotidien : Alix Aymé ne peignait pas que des grands panneaux. Elle a décoré de nombreuses petites boîtes en laque, des plateaux ou des paravents de table. Soyez attentifs aux petits objets asiatiques en laque des années 1930 d'une qualité d'exécution supérieure (notamment avec de l'incrustation de coquille d'œuf).
- La signature : Elle est souvent très lisible. Elle signait "Alix Aymé", parfois "AA" ou "A. Aymé". Sur les laques, la signature est généralement appliquée au pinceau fin ou incisée dans la matière.
- Les aquarelles : Ne passez pas à côté d'un carton à dessins ! Ses petites aquarelles représentant des paysages d'Asie du Sud-Est ou des scènes maternelles dorment encore souvent dans les greniers français.
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