Joseph Inguimberty (1896-1971) : Le chantre de la terre et des rizières du Tonkin

Publié le 21 juin 2026 à 16:50

Joseph Inguimberty (1896-1971) : Le chantre de la terre et des rizières du Tonkin

Dans la fascinante épopée de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine, un homme se dresse comme un pilier discret mais fondamental : Joseph Inguimberty.

Appelé en 1925 par Victor Tardieu (le fondateur de l'école) pour diriger le département de peinture, ce jeune Marseillais va passer plus de vingt ans au Vietnam. Contrairement à la vision souvent "exotisante" et idéalisée de nombreux peintres voyageurs de l'époque, Inguimberty va peindre l'Indochine avec une vérité, une force et une tendresse inégalées.

Le maître de la matière et du quotidien

Si les élèves vietnamiens (comme Le Pho ou Mai Thu) se sont tournés vers la légèreté de la soie, Inguimberty, lui, est resté farouchement fidèle à la peinture à l'huile. Mais il n'a pas peint n'importe quoi.

Sortant des ateliers de Hanoï, il plantait son chevalet dans la campagne du Tonkin. Son œuvre est un hommage vibrant au monde paysan. Ses sujets de prédilection ? Les femmes repiquant le riz sous des ciels lourds, les buffles d'eau se baignant dans les mares, les marchés de villages ou les paysages de la baie d'Along.

Sa technique est reconnaissable entre mille : une peinture posée en pleine pâte (avec beaucoup de relief), travaillée souvent au couteau, avec une palette dominée par des verts profonds, des ocres, des bruns et des gris argentés qui traduisent parfaitement le climat humide du Nord-Vietnam. C'est aussi lui qui a encouragé ses élèves, dont Nguyen Gia Tri, à explorer les possibilités infinies de la laque !

Une cote solide comme un roc sur le marché de 2026

Parce qu'il a produit avec constance et qu'il a été le professeur de toute une génération de génies, le marché de l'art voue un culte à Joseph Inguimberty.

De nos jours, ses grandes toiles de rizières ou de scènes de marché sont âprement disputées par les collectionneurs vietnamiens et internationaux. Les prix varient généralement entre 40 000 et 150 000 euros, avec des pointes au-delà des 300 000 euros pour de grandes compositions magistrales des années 1930.

Le conseil du chineur : Cherchez les empâtements et la signature discrète

Inguimberty est rentré en France en 1946 (s'installant en Provence) et a rapporté avec lui, ainsi que les expatriés de l'époque, un très grand nombre de toiles. Il est donc l'un des peintres d'Indochine que l'on a le plus de chances de croiser dans une vieille maison de famille en métropole !

L'astuce de pro pour vos vides-maisons :

  • La texture : Passez la main (délicatement !) sur la toile. Si la peinture est épaisse, qu'elle forme des reliefs marqués, surtout dans les verts et les bruns figurant des paysages asiatiques, vous tenez une piste sérieuse.
  • La signature : Inguimberty signait souvent en bas à droite ou en bas à gauche "J. Inguimberty" ou simplement "Inguimberty" avec une écriture cursive, parfois gravée dans l'épaisseur de la peinture fraîche.
  • Les cadres : La plupart de ses toiles ramenées en France dans les années 30-50 ont été encadrées dans de lourds cadres dits "Montparnasse" (en bois sculpté et patiné), très à la mode à l'époque.

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