Nguyen Phan Chanh (1892-1984) : L'âme rurale du Vietnam sur un fil de soie

Publié le 21 juin 2026 à 16:51

Nguyen Phan Chanh (1892-1984) : L'âme rurale du Vietnam sur un fil de soie

Si Le Pho, Mai Thu ou Vu Cao Dam ont séduit le public parisien avec des couleurs chatoyantes et des scènes idéalisées, un de leurs camarades de la toute première promotion de l'École des Beaux-Arts de Hanoï a choisi une voie radicalement différente.

Considéré au Vietnam comme un véritable trésor national, Nguyen Phan Chanh est l'homme qui a donné ses lettres de noblesse à la peinture sur soie. Soutenu par le fondateur de l'école, Victor Tardieu, il a créé un style unique, d'une grande sobriété, qui rend fou le marché de l'art mondial.

Le maître du "lavage" et de la mélancolie

Avant l'École des Beaux-Arts, la peinture sur soie au Vietnam était souvent rigide et fortement influencée par la Chine. Nguyen Phan Chanh va révolutionner la technique.

Son secret ? Le lavage de la soie. Après avoir appliqué ses couleurs, il lavait doucement le tissu à l'eau claire pour estomper les pigments, puis recommençait l'opération de nombreuses fois. Ce processus confère à ses œuvres un aspect brumeux, velouté et profondément poétique, où la peinture semble imprégnée dans la fibre elle-même plutôt que posée dessus.

Ses sujets sont à l'opposé des élégantes bourgeoises de ses confrères. Nguyen Phan Chanh peint le monde paysan, les marchandes de riz, les enfants jouant aux osselets, les tisseuses ou les diseuses de bonne aventure.

Des records vertigineux sur le marché de 2026

Parce qu'il est resté au Vietnam toute sa vie (contrairement aux autres qui ont émigré en France), ses œuvres d'avant 1945 ramenées en Europe par des fonctionnaires coloniaux sont extrêmement rares.

Lorsqu'une soie authentique et en bon état de Nguyen Phan Chanh apparaît à Paris ou à Hong Kong aujourd'hui, les enchères s'envolent instantanément. En 2026, la moindre esquisse vaut plusieurs dizaines de milliers d'euros, et ses œuvres majeures dépassent très régulièrement le million d'euros. C'est le Graal absolu pour les grands collectionneurs asiatiques.

Le conseil du chineur : Apprenez à lire les tons de terre

L'erreur classique du chineur amateur est de chercher des soies hyper-colorées. Si vous trouvez une soie asiatique des années 30 avec des couleurs très vives, ce n'est probablement pas du Nguyen Phan Chanh !

L'astuce de pro pour vos chasses au trésor :

  • La palette de couleurs : Elle est extrêmement restreinte et caractéristique. Phan Chanh utilisait principalement des bruns, des ocres, des noirs, des gris et des blancs cassés. Ses œuvres ont presque l'aspect de photographies sépia rehaussées de subtiles nuances de terre.
  • La calligraphie : C'est un détail crucial. Contrairement à Le Pho ou Mai Thu qui signaient souvent en alphabet latin, Nguyen Phan Chanh agrémentait presque toujours ses compositions de longs poèmes calligraphiés en caractères chinois (nommés Han Nôm), accompagnés de son sceau rouge (le chop).
  • Le support : Observez le montage. Ses œuvres étaient souvent marouflées (collées) sur du papier fort pour être ensuite encadrées sous verre. Si le tissu présente des traces d'humidité (des rousseurs), c'est normal, la soie est un matériau très fragile !

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